Janvier 1964 - Décembre 2005.
Juillet 1987 - Décembre 2005.
C'était un de ces jours où la pluie bat contre vos carreaux, ce temps vous déprime plus qu'autre chose, et votre seule envie est de regarder Titanic sous une couverture, chocolat chaud dans les mains. Il était 17h environ, un Samedi. On venait de trouver le repas qu'on allait préparer pour recevoir la famille, le jour de Noël. Papa et Ludovic avaient quitté la maison depuis 3 heures environ, j'étais seule avec Maman et Agathe. Avant qu'ils partent, je me souviens de cette dispute avec Ludo', j'étais loin de m'imaginer que ça allait être la dernière. Une dispute pour un simple ordinateur, qui m'aura valu une claque derrière la tête. Je revois son regard coléreux en fermant la porte, et je vois celui de Papa completement désespéré de toutes ces disputes. Il faisait froid, j'étais devant la cheminée, bouquin en main. J'entends encore ce téléphone sonner comme si il était à côté de moi. Sonnerie fatale. Impossible d'effacer ces images, celle de ma mère prete à fondre en larmes, balbutiant qu'ils avaient du se tromper de personne. A cet instant précis, j'ai tout compris, j'ai regardé par la fenetre et vu à quel point il pleuvait, j'ai imaginé la scène. Ma mère a raccroché, a tenté de stopper ses pleurs tant bien que mal. Elle est venue vers Agathe et moi, sur le canapé. Je me souvien des moindres détails qui m'ont marqué à tout jamais. Elle nous a expliqué que la pluie avait fait des ravages sur l'autoroute. Je ne l'ai pas laissé continuer sa phrase que je suis montée dans ma chambre. Avez vous déjà pleurer jusqu'à vous étouffer ? Avez vous déjà ressenti cette solitude énorme qui vous envahit et dont vous ne pouvez plus vous débarasser ? Avez vous déjà été au bord de la fin ? Ce moment fut et sera le pire de ma vie. La tête sous l'oreiller, les mouchoirs qui remplissent votre chambre, cette pluie qui tape contre votre fenetre. Cette pluie vous ne la supportez plus, c'est elle la cause de cette perte. Alors vous pleurez, pleurez, vous n'avez que les larmes pour exprimer cette tristesse, vous n'avez plus que vos yeux pour pleurer. Et dans votre tête, c'est des milliers de questions qui arrivent. Vous ne pouvez pas imaginer votre vie sans eux, c'est impossible, vous ne voulez pas croire qu'ils ne rviendront jamais. Désormais, avec qui allez vous vous chamailler ? A qui allez vous répondre parce que vous voulez sortir avec vos copines le soir ? Avec qui ? Et puis, c'est toute votre famille qui arrive chez vous, vous ne voulez voir personne, personne. Vous descendez leur dire bonjour, par simple politesse. Tout le monde vous pose cette question "T'es sure que ça va eller?" Bordel non que ça va pas aler ! J'ai perdu les 2 hommes de ma vie, comment voulez vous que ça aille ? Vous ne dites rien, prenez votre petite soeur dans vos bras, séchez vos larmes. Vous attendez avec horreur le jour de l'enterrement. Periode la plus glauque de votre vie, tous ces regards braqués sur vous, les chucotements du genre "Oh la pauvre petite, à seulement 14 ans". Et là vous entendez la musique préféré de ceux qui vous ont quitté, vous pleurez toutes les larmes de votre corps, comme jamais vous n'avez pleuré. Et puis, le temps passe, et c'est a vous, vous vous avancez, vous prenez votre guitare et jouez cette chanson qu'ils aimaient tant; vous vous efforcez de ne pas pleurer, et puis les larmes coulent toute seule. Grand moment d'émotion. Et tout s'enchaine très vite, vous savez. A peine le temps de leur dire au revoir que tout est fini. Je me rappellerai toute ma vie du visage de ma mère qui venait de perdre tout ce qu'elle avait de plus cher au monde, et ma petite soeur de 10 ans qui avait déjà tout compris. Plus les jours passaient, plus je me sentais ridicules, coupables, idiotes. Je venais de me prendre la tete avec eux, mais bordel, j'aurai pas pu me la fermer au moins une fois dans ma vie ?
Aujourd'hui, rien n'a changé. Je pense à eux chaque jour, chaque nuit. Je me dis que ça fait 2 étoiles d eplus dans le ciel, qu'ils me surveillent. Au moindre geste que je fais, je me demande s'ils sont toujours fièrs de moi. Ils me manquent tellement. J'aimerai revoir Ludo, qu'il continue à me donner des conseils sur les garçons, je voudrais retrouver cette complicité qu'on avait, regarder à nouveau des films d'horreur et bouffer des pop corns, qu'il m'insulte parce que je mets 3 heures à me préparer dans la salle de bain. Je voudrais retrouver Papa, qu'il continue de me dire à quel point il m'aime et il est fier de moi, qu'il me prive de sortie à cause de mes notes.
Je vous aime.